LA COLLINE SAINT-SERGE
Association Culturelle de la colline Saint-Serge

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La création du patrimoine pictural

Les portes de l'église Saint Serge

© Photo André Serikoff

L’Eglise de la colline Saint-Serge a été décorée entièrement entre 1925 et 1927 par Dmitry Stelletsky qui était peintre, iconographe sculpteur, illustrateur, et scénographe avec l’aide de la princesse Lvof. Il s’inspira du style religieux russe du XVIe siècle. Pour les portes centrales (« portes royales ») de l’iconostase, tant au niveau de l’autel principal que de l’autel latéral de gauche, on utilisa des portes originales russes du XVIe siècle (école de Novgorod), offertes par un collectionneur d’art.

Lors du décès de Stelletsky en 1947, Mikhail Ossorguine l'ancien partagea ses souvenirs et relata les conditions dans lesquelles le travail de Stelletsky s'était déroulé :

« Si ma mémoire est bonne, deux mois après l'achat de l'Eglise Saint-Serge aux enchères au Palais de Justice, les 5-18 juillet 1924, la question de la décoration intérieure et de la peinture de l'iconostase par un iconographe compétent s'est posée. Par hasard, en devisant avec mon oncle Nicolas Victorovitch Gagarine, grand connaisseur dans le domaine de l'art aujourd'hui défunt, j'appris que Dimitri Stelletsky, habitant à Cannes, était le seul à même de mener à bien un projet si ambitieux.

Selon mon oncle, personne d'autre que lui ne pouvait convenir à un tel projet. Je ne le connaissais pas et décidais de lui écrire pour lui demander comment il réagirait à une proposition officielle. J'ai joint à ma lettre trois photos allemandes de l'église (qui fut un temple protestant avant 1914), que j'avais trouvées dans le grenier de Saint-Serge, elle représentaient l'église de l'extérieur mais également l'intérieur avec des enfants allemands autour d'un sapin de Noël et le portrait de l'empereur Wilhelm dans l'abside du temple. Je voulais donner à Dimitri Stelletsky une idée du travail à accomplir.

Cinq ou six jours plus tard je recevais un paquet et une lettre enthousiaste de D.S. Il acceptait de prendre en charge la décoration de l'église sans conditions et totalement gratuitement. Dans le paquet il avait joint des esquisses de l'iconostase et de la décoration des murs intérieurs de l'église faites d'après les photos allemandes, il y avait aussi une esquisse de l'extérieur du bâtiment à l'aspect "orthodoxisé" ("оправославленный вид") comme il l'écrivait lui-même.

Dimitri Stelletsky s'est révélé dans cet enthousiasme, cette volonté de se donner tout entier et gratuitement à ce travail au profit de l'Eglise.... Mais combien de difficultés restaient à vaincre jusqu'à ce qu'il fut officiellement invité à effectuer ce travail de façon officielle!

La question de la décoration de l'église Saint-Serge était de plus en plus débattue. De nombreux membres de notre "Comité pour la construction de Saint-Serge" avaient leurs propres candidats. Finalement un concours officiel pour la peinture de l'iconostase et des murs intérieurs fut ouvert. Dimitri Stelletsky a failli compromettre ses chances de concourir par le refus catégorique d'envoyer un projet. Il estimait m'avoir envoyé l'essentiel de son projet (mais ce n'était qu'une esquisse, faite à grands traits). Il refusa d'envoyer un projet détaillé, affirmant qu'en tant qu'artiste il savait ce qu'il avait à faire, ou bien on lui faisait confiance ou il se retirait du projet. Les autres candidats et en particulier le Prince M.C Poutiatine avaient présenté un projet très détaillé de l'iconostase. Le projet du prince Poutiatine plaisait à beaucoup et le ton brusque de la réponse de Stelletsky avait heurté les membres de notre Comité qui ne le connaissaient pas.

L'obstacle majeur pour une prise de décision définitive était l'absence de moyens financiers et cela, curieusement, favorisa la candidature de Stelletsky. J'avais appris que la grande duchesse Maria Pavlovna possédait une émeraude précieuse qu'elle tenait de sa défunte tante, la grande duchesse Elisaveta Fédorovna qui voulait que cette pierre soit utilisée pour décorer une église. Lorsque je demandais à la grande duchesse de nous offrir la pierre pour notre église elle n'accepta qu'à la condition que le peintre choisi soit Dimitri Stelletsky et personne d'autre. Si cette condition était remplie, elle acceptait de présider le Comité artistique chargé de collecter les fonds pour les travaux futurs.

Finalement notre Comité confirma la candidature de Stelletsky et la grande duchesse commença la collecte qui rapporta en deux ans plus de 400 000 francs. Stelletsky arriva à Paris, s'installa à Saint-Serge et commença à travailler. Sur la face interne des portes nord figure une inscription manuscrite de Stelletsky -" J'ai commencé à peindre l'église le vendredi 6 novembre 1925. J'ai terminé le jeudi 1 décembre 1927 - Dimitri Semenovitch Stelletsky"

Cette rapidité d'exécution pour un si vaste chantier artistique caractérise une fois de plus l'immense talent du peintre. Il travaille sans la moindre hésitation, ayant par avance dans sa tête la globalité de la composition dans ses moindres détails.

Je me souviens avec quelle virtuosité et rapidité (dix jours), toutes les planches blanches de l'iconostase, enduites de levkas, préparées selon ses plans, furent dessinées par lui au fusain noir. Les contours des saints étaient précis et les aides de D.S (ils étaient entre deux et trois) n'avaient plus qu'à passer les contours à la pointe. Et je ne parte pas des peintures du plafond, des anges et des représentations symboliques des Evangélistes! Stelletsky avait les exactes mesures de la partie à dessiner, D.S étalait par terre du papier à la taille correspondante, fixait un fusain sut un bâton et traçait les dessins avec d'une main sûre et ferme les représentations souhaitées. Les aides du peintres n'avaient plus qu'à découper les silhouettes, à monter les patrons jusqu'au plafond et à les peindre selon les indication de Stelletsky qui contrôlait d'en bas leur travail.

La fidèle collaboratrice de Stelletsky, la princesse Elena Lvova, avec son immense talent peignait les visages des saints sur toutes les icônes, Stelletsky ne terminait jamais ce travail lui faisant entièrement confiance pour cette tâche.

Comme Stelletsky aimait notre église! Combien de fois par la suite il venait à Paris pour admirer son travail qui maintenant avait acquis une notoriété mondiale. Durant les deux dernières années de sa vie passées dans la Maison russe, il répondait par un refus catégorique à mes multiples propositions de nous rendre à Saint-Serge. Il disait qu'il ne voyait rien et qu'il ne pourrait que pleurer.

Maintenant qu'il n'est plus, nous tous, ses amis, nous nous sentons seuls et orphelins. Nous sommes réconforté à l'idée que Dieu a eu pitié de son serviteur Dimitri, qu'il a mis fin a ses souffrances et l'a récompensé pour sa foi pure et enfantine et son service passionné et désintéressé de l’Église orthodoxe. »

En 2013, suite à des dégradations dues à l'humidité ainsi qu'à des actes de vandalisme, une restauration des peintures a eu lieu en l'église de la colline Saint-Serge.